J.L. : Marie-Françoise, bonjour et merci de bien vouloir nous parler de ton engagement à la prison de Réau.

M.F. : J’ai été aumônière pendant neuf ans, je recevais les détenues, volontaires, qui participaient en sachant qu’il s’agissait de l’aumônerie catholique. Non croyantes pour beaucoup, elles se raccrochaient à la foi car c’était pour elles une façon de tenir le coup. Je participais aussi à la messe, une fois par semaine au début puis tous les quinze jours. Mais l’essentiel de mon activité, c’était le groupe « Bible » où l’on échangeait sur l’évangile de la messe d’après, ça leur permettait de mieux comprendre le jour venu.

J.L. : Quelle était la motivation de celles qui venaient ? La foi, le désir de s’aérer ?

M.F. : Il y avait les deux en fait. Pour certaines, c’était le moyen de quitter la cellule et l’enfermement, d’échanger avec d’autres, mais aussi de poser des questions sur la foi, ce que ça représentait pour moi. Je leur demandais ce que ça signifiait pour elles. J’avais aussi bien des catholiques que des protestantes, mais aussi une juive et une musulmane. Elles venaient régulièrement, posaient des questions, faisaient le pendant entre leur façon de vivre leur foi et la foi catholique. C’était très intéressant, très vivant, et ça débordait souvent sur leur vie en détention.

J.L. : Étaient-elles heureuses de venir à ces rencontres ?

M.F. : Je pense qu’à travers moi, elles recevaient beaucoup. Parce qu’en fait, quand je rentrais en prison pour les rejoindre, j’avais huit portes à passer et je disais « Seigneur, je ne viens pas pour moi mais je viens pour Toi, donc accompagne-moi, aide-moi ». Ce qui fait qu’il se passait des choses à travers moi, dont je n’avais pas forcément conscience d’ailleurs. Elles étaient volontaires pour venir mais parfois les surveillants m’envoyaient les détenues qui venaient d’arriver, très déprimées, qui avaient besoin d’échanges et de réconfort. Il y avait parfois des échanges très intéressants car on faisait souvent le lien entre leur vie de détenues et la foi. La plupart ignoraient tout de la foi. En effet, avant d’entrer en détention, elles n’avaient pas ou plus de pratique religieuse. Elles découvraient donc beaucoup de choses, ça les aidait dans leur vie quotidienne et dans leur relation avec les autres détenues et les surveillants.

J.L. : Que retires-tu de cette expérience de neuf années, en es-tu sortie différente ?

M.F. : Oui bien sûr. Déjà, ça m’a obligée à prendre moi-même un texte d’évangile et à préparer ce que j’allais leur dire sur ce texte. En effet, je ne lisais pas beaucoup l’évangile avant. Ça m’a permis de grandir dans la foi, et maintenant, j’ai beaucoup plus besoin de lire l’évangile, de me poser des questions.

J.L. : Après toutes ces rencontres, gardes-tu en mémoire et dans ton coeur les visages de ces femmes qui ont pu t’émouvoir en exprimant leurs désirs, leurs attentes ?

M.F. : Oui bien sûr, je garde l’image de ces femmes désespérées, malheureuses au moment de Noël par exemple, de la Fête des Mères. Il y a des périodes très difficiles pour les femmes qui ont des enfants, les anniversaires par exemple. Il fallait alors être très à l’écoute. J’ai appris à écouter. On avait des formations, des conférences sur des textes d’évangile mais aussi sur la façon d’écouter les personnes, de se mettre en retrait pour les laisser exprimer ce qu’elles ressentaient. Du coup, elles me renvoyaient beaucoup d’affection, d’attention. C’était important pour elles de savoir que l’été, par exemple, j’allais rejoindre mes enfants, mes petits enfants. Alors j’envoyais une carte postale à la surveillante qui la montrait à toutes les personnes du groupe « Bible ». C’est une période de ma vie qui a été très importante et je suis contente de l’avoir vécue !

J.L. : Marie-Françoise, merci pour ce beau témoignage

Interview conduite par Jean-Luc, enregistrement vidéo par Gérard

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Marie-Françoise, aumônière à la prison de Réau